Le rapport présenté par la direction concernant la politique sociale 2025 du site de Sochaux / Belchamp tente une nouvelle fois de présenter une situation sociale globalement satisfaisante.
Pourtant, lorsque l'on analyse l'ensemble des documents remis aux élus du CSE, qu'il s'agisse du bilan social, du rapport sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, du bilan handicap, des orientations formation, du rapport annuel du service de santé au travail ou encore du bilan santé sécurité, les constats sont tout autres.
Le premier enseignement de ce rapport est que la direction poursuit sa politique de réduction des effectifs permanents tout en maintenant un recours massif à l'intérim. Alors que l'effectif global du site s'établit à 5 431 salariés fin 2025, l'entreprise a maintenu en moyenne plus de 1 000 salariés intérimaires chaque mois.
Plus révélateur encore, le rapport annuel du service médical indique que plus de 2 100 salariés intérimaires différents ont été reçus au cours de l'année. Ces chiffres démontrent que l'intérim n'est plus utilisé pour répondre à un besoin temporaire d'activité mais bien pour pourvoir des emplois liés au fonctionnement normal et permanent de l'entreprise.
Cette situation est d'autant plus incompréhensible que dans le même temps la direction poursuit sa politique de suppression d'emplois permanents. Les départs demeurent largement supérieurs aux embauches et plusieurs centaines de salariés ont quitté l'entreprise dans le cadre de dispositifs économiques alors même que les besoins en personnel restent manifestement importants.
La CGT continue donc de dénoncer cette politique qui consiste à remplacer progressivement des emplois stables par une précarisation croissante de l'emploi.
Le rapport confirme également le vieillissement toujours plus important de la population salariée. Plus de 80 % des salariés du site ont désormais plus de 45 ans tandis que les moins de 35 ans demeurent très peu nombreux.
Cette situation devrait conduire la direction à mettre en œuvre un véritable plan d'embauches permettant à la fois le renouvellement des générations et la transmission des savoir-faire.
Pourtant, malgré les discours régulièrement tenus sur ce sujet, les chiffres démontrent que la direction continue à privilégier les dispositifs de départs et l'intérim plutôt que l'embauche durable.
L'autre enseignement majeur de cette politique sociale concerne la santé des salariés.
Le nombre de salariés reconnus en situation de handicap continue d'augmenter pour atteindre 582 salariés.
- Pour la direction, ce chiffre constituerait la démonstration d'une politique handicap efficace.
- Pour la CGT, il constitue surtout la démonstration de l'usure professionnelle qui touche toujours davantage les salariés du site.
Derrière ces chiffres se cachent des centaines de salariés victimes de troubles musculo-squelettiques, de pathologies liées au travail, de séquelles d'accidents du travail ou encore de restrictions médicales devenues incompatibles avec certaines organisations du travail. Cette réalité est d'ailleurs confirmée par le rapport annuel du service de santé au travail.
Comme les années précédentes, les restrictions médicales concernent une part considérable des salariés de production.
- Les inaptitudes augmentent.
- L'absentéisme demeure à un niveau extrêmement élevé.
- Les maladies professionnelles continuent d'être reconnues chaque année.
- Les accidents du travail continuent de toucher de nombreux salariés.
La CGT constate une nouvelle fois que la direction ne s'attaque pas aux causes de ces situations. Elle aménage les conséquences mais refuse de remettre en cause les organisations du travail qui les produisent.
Pourtant, la CGT dénonce régulièrement les effets de ces politiques :
- augmentation des charges de travail,
- polyvalence imposée,
- compactage des secteurs,
- suppressions de postes,
- pression permanente sur les résultats,
- recours excessif à la flexibilité,
- multiplication des changements d'organisation.
Les chiffres présentés dans ce rapport démontrent une nouvelle fois que ces choix ont des conséquences directes sur la santé physique et mentale des salariés.
Cette situation est d'autant plus préoccupante que les différents indicateurs présentés dans les rapports convergent tous dans la même direction.
- Le nombre de salariés reconnus en situation de handicap continue d'augmenter.
- Le nombre d'inaptitudes définitives progresse également.
- L'absentéisme demeure à un niveau extrêmement élevé avec près de 12 % des heures de travail perdues.
Ces chiffres ne doivent pas être analysés séparément. Ils sont les conséquences d'une même politique d'organisation du travail qui use progressivement les salariés tout au long de leur carrière.
Lorsqu'un salarié accumule les restrictions médicales, puis se retrouve reconnu en situation de handicap, avant parfois d'être déclaré inapte après plusieurs années d'exposition à des conditions de travail dégradées, il ne s'agit pas de situations individuelles isolées mais bien d'un phénomène collectif qui touche une part grandissante des effectifs du site.
Pour la CGT, ces indicateurs démontrent que la politique sociale actuelle ne permet pas de préserver durablement la santé des salariés.
Cette situation risque d'ailleurs de s'aggraver avec la réforme gouvernementale qui entrera en vigueur au 1er septembre 2026 concernant l'indemnisation des arrêts maladie. Cette réforme entraînera un risque supplémentaire pour la préservation de la santé des salariés concernés et un risque pour le maintien de leur emplois
Dans un contexte où les conditions de travail dégradées conduisent déjà de nombreux salariés à subir des problèmes de santé liés à leur activité professionnelle, cette réforme viendra pénaliser des salariés déjà fragilisés par la maladie ou l'accident.
La CGT considère que cette réforme constitue une nouvelle attaque contre les droits des salariés et rappelle que l'employeur a l'obligation de prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver la santé physique et mentale des salariés conformément aux dispositions du Code du travail.
Plus que jamais, la prévention doit devenir une priorité afin d'éviter que des salariés ne soient contraints de supporter à la fois les conséquences de leur état de santé et les pertes de rémunération qui risque d’en découler.
Les élus CGT constatent notamment une augmentation importante du nombre d'accidents touchant les salariés intérimaires. Cette situation interroge directement les conditions d'accueil, de formation, d'accompagnement et d'intégration de ces salariés qui occupent pourtant une place essentielle dans le fonctionnement quotidien du site.
Concernant les rémunérations, les constats dressés les années précédentes restent malheureusement d'actualité. Le rapport sur la situation comparée fait toujours apparaître des écarts de rémunération entre les femmes et les hommes dans plusieurs groupes d'emplois.
Dans certaines catégories, les écarts atteignent près de 10%, dans d'autres ils dépassent même 13%. Plus révélateur encore, aucune femme ne figure parmi les dix plus hautes rémunérations du site.
Même si certaines évolutions peuvent être constatées dans le domaine des promotions, ces chiffres démontrent que l'égalité professionnelle reste encore loin d'être atteinte.
Les élus CGT constatent également que de nombreux salariés continuent de subir les conséquences de la mise en œuvre de la nouvelle convention collective de la métallurgie.
Les évolutions de carrière demeurent bloquées pour un grand nombre de salariés et les reclassements opérés n'ont toujours pas permis de corriger l'ensemble des situations injustes créées par cette réforme.
Concernant la formation, les élus CGT prennent note des orientations présentées par la direction. Celles-ci mettent largement l'accent sur l'intelligence artificielle, le numérique, les nouvelles technologies, l'électrification ou encore les nouveaux métiers de demain. Ces sujets peuvent naturellement présenter un intérêt pour l'avenir industriel du groupe.
Mais les élus CGT constatent une nouvelle fois le décalage entre les priorités affichées par la direction et les difficultés rencontrées quotidiennement par les salariés.
Alors que le vieillissement des effectifs s'accélère, que les restrictions médicales augmentent, que les situations d'usure professionnelle se multiplient et que les salariés réclament davantage d'améliorations concrètes de leurs conditions de travail, les moyens consacrés à la prévention, à l'adaptation des postes et au maintien dans l'emploi demeurent insuffisants.
La direction affirme vouloir préparer l'avenir.
- Mais comment préparer l'avenir lorsque les salariés quittent l'entreprise usés par leurs conditions de travail ?
- Comment parler de transmission des savoir-faire lorsque les effectifs permanents continuent de diminuer ?
- Comment parler d'attractivité lorsque l'intérim demeure la principale porte d'entrée dans l'entreprise sans garantie d'embauche durable ?
Concernant le logement, les élus CGT prennent note des dispositifs présentés dans les orientations présentés par la direction.
Toutefois, les documents transmis ne permettent pas de mesurer précisément combien de salariés bénéficient réellement de ces dispositifs ni dans quelle mesure ils répondent aux difficultés croissantes rencontrées par les salariés face à l'augmentation du coût du logement et à la baisse du pouvoir d'achat.
Enfin, les élus CGT rappellent que les nombreuses transformations des organisations du travail mises en œuvre ces dernières années continuent d'avoir des conséquences importantes sur les conditions de travail des salariés. Les élus du CSE ne sont toujours pas consultés sur l'ensemble de ces transformations alors qu'elles modifient profondément les conditions d'exécution du travail dans les ateliers et les services.
Cette situation constitue une remise en cause régulière des prérogatives du CSE.
Au regard de l'ensemble de ces éléments, les élus CGT considèrent que la politique sociale menée sur le site de Sochaux / Belchamp ne répond pas aux besoins des salariés.
Les différents rapports démontrent au contraire que cette politique sociale accompagne les conséquences de l'usure professionnelle sans jamais s'attaquer réellement à ses causes.
Les élus CGT donneront donc un AVIS DEFAVORABLE sur la politique sociale 2025 du site de Sochaux / Belchamp et revendiquent :
- La mise en place d'une organisation du travail prenant réellement en compte la préservation de la santé des salariés ;
- Des embauches massives en CDI et l'embauche de tous les intérimaires qui le souhaitent ;
- La création de postes labellisés en nombre suffisant ;
- La création de postes pour les salariés disposant de restrictions médicales ;
- Des investissements significatifs pour l'aménagement des postes et secteurs de production ;
- La baisse des cadences de travail et le lissage de la production ;
- L'arrêt des H+ obligatoires les samedis pour les équipes de doublage et les dimanches pour les équipes de nuit ;
- La suppression du compteur modulation et du compteur récupération avec le paiement à 100 % des heures supplémentaires ;
- L'indemnisation à 100 % des heures d'activité partielle ;
- Le retour de la pause casse-croûte à 30 minutes avec la suppression de la GJP ;
- La baisse du temps de travail à 32 heures sans perte de salaire ;
- Des augmentations générales de salaires significatives avec un minimum de 400 € mensuels ;
- L’indexation des salaires sur la hausse des prix ;
- Aucun salaire inférieur à 2 000 € nets par mois ;
- Le déblocage immédiat des évolutions de carrière ;
- La correction de l'ensemble des écarts de rémunération constatés entre les femmes et les hommes ;
- Le maintien et le développement de l'emploi industriel sur le site ;
- La remise en place de la prime d'évolution garantie pour les salariés de plus de vingt ans d'ancienneté ;
- La remise en place de la subrogation des indemnités journalières de sécurité sociale ;
- Le rétablissement de l'ACCAC dans les conditions issues des luttes ayant permis sa création.
À Sochaux,
Le 30 Juin 2026